Pas encore inscrit ? | Passe oublié

Altyn Arashan – « So she keeps on moving, Moving right along » – Born to be Wild – Damian Marley

28/04/2014 | Altyn Arashan | 3 commentaires |

Altyn Arashan – « So she keeps on moving, Moving right along » – Born to be Wild – Damian Marley

            Malgré sa convalescence, Svetlana ne m’a pas oubliée et a organisé pour moi le trajet jusqu’à Altyn Arashan, un refuge dans la vallée d’Arashan (bien fait, non ?). C’est un dénommé Valentin qui m’emmènera en voiture jusque là-haut. Je suis un peu frustrée de ne pas y monter à pied, mais mon sac est bien lourd avec une bonne réserve de nourriture et un gros sac de couchage et d’après elle je pourrais me perdre toute seule. Soit, je me plie à ses directives !

 

            Le lendemain matin je rejoins donc Valentin. Devant son agence Yak Tour, un gros 4x4 flambant neuf, le trajet s’annonce bien ! Jusqu’au moment où le portail s’ouvre laissant apparaître une vieille Jeep ou plutôt devrais-je dire un tank de l’époque soviétique, un vieux tracteur capricieux qui fait des bons à chaque démarrage et un bruit assourdissant. Une chose est sure, on ne passe pas inaperçus dans les rues !

 

            On atteint difficilement les 30km/heure… ça nous laisse le temps de discuter ! Valentin est un vieux loup des montagnes. Dans sa jeunesse il était entraineur de moto cross en Russie mais après l’effondrement du bloc communiste il s’est retrouvé là, dans une petite vallée à 2400 m d’altitude, quelque part dans l’Est du Kirghizstan. Sa femme habite à un kilomètre, pour s’occuper du bétail. Sa fille et son petit fils font de l’haltérophilie. « Elle te ressemble » oui enfin elle, elle soulève 140kg…

            J’apprends aussi que le lac Ala-Kul (« à la cool ») que j’avais envie de voir est accessible alors que je pensais qu’il y avait trop de neige. « Non non, un français et des américains y sont allés ! ». Chouette, à mon tour !

 

           Le chemin défoncé nous fait valdinguer dans tous les sens. Comme il connaît tout le monde ici, il s’arrête dire bonjour à une table de piquenique. La famille nous invite à manger avec eux. Devinez quoi ? Shashlyk-Vodka !

 

           Shashkyk-Vodka c’est un peu la tradition ici :

           Les Shashlyks ce sont des brochettes de mouton au barbecue, que l’on mange souvent accompagné d’oignons crus.

           La Vodka on la boit pure et cul-sec. Elle n’est pas chère, elle ne se refuse pas et il n’y a pas d’heure !

 

           Ils sont ravis d’avoir une touriste avec eux, l’une d’entre eux parle allemand et se met en tête qu’en tant que Française je peux la comprendre. Ils me servent et me resservent, il est midi et ça cogne un peu ! Heureusement Valentin a décidé qu’il était temps de repartir… Ouf ! La route est longue et glissante jusqu’au refuge, on fait plusieurs fois marche arrière (pas toujours par choix) et on finit par déboucher sur la vallée.

 

           Là je rencontre un couple de français qui repartent le lendemain et Simon, un français qui a planté sa tente pour un temps indéterminé. Lui il a pour but de rallier Bangkok en un an par voie terrestre. Il n’en est pas à son premier voyage, il a chopé le virus à 19 ans et fête ses 28 dans quelques jours ! Entre temps il a vécu en Roumanie pendant quelques années et a déjà découvert pas mal de pays d’Europe de l’Est où il me donne envie d’aller à mon tour ! Il écrit un récit de voyage qu’il aimerait publier, entre deux activités alternatives quelque part sur le globe… La conversation va bon train, parler français au pied des montagnes… Comme la sensation d’être rentrée à la maison ! Déjà mes plans changent. Je comptais redescendre 2 jours plus tard mais je sens que je vais rester plus longtemps !

           Et comme s’il fallait encore me convaincre, je goute aux sources chaudes, une grosse piscine pleine d’eau naturellement brulante dans une grande cabane… ça fait un bien fou alors que tout mon corps me reproche encore la journée VTT  !

 

           On parle aussi de ce fameux lac Ala Kul. Il faut rétablir la vérité : le français (c'est lui, Simon) et les Américains ont ESSAYE d’y aller. Ils sont partis trop tard, il faisait trop chaud, la neige fondait et ils n’ont pas pu franchir le « pass » qui permet de basculer sur les rives du lac ! Rien n’y fait, je veux essayer et Simon a envie de réessayer dans de meilleures conditions. Ni une ni deux, décision prise, départ demain, 4h.

 

           Un grand gaillard d’Alaska, Joey, débarque la nuit tombée. Il veut se joindre à nous… Honnêtement, il a l’air vraiment endurant, un bon gars des montagnes et on a un peu peur de ne pas être à la hauteur, mais on accepte.

 

           Le lendemain on part armés de nos frontales en pleine nuit sous une pluie glaciale. Il fait nuit noire et heureusement que Simon a déjà repéré les lieux. On marche et on évite de glisser entre la boue, la neige, les pierres des ruisseaux… Petit à petit le jour se lève et on a déjà abattu la première grosse pente raide. A notre première pause, le spectacle est féérique : une fine pellicule de neige s’est déposée. On évolue dans un monde en noir et blanc sous un ciel chargé, des paysages surnaturels, j'adore!

 

           Le soleil parvient enfin à légèrement percer au milieu des nuages, c’est bon pour nous, la neige ne fond pas trop ! Simon, Champenois d’origine s’avère être un sacré marcheur. Il caracole en tête et nous… on essaye de suivre. N’ayant pas eu d’acclimatation, on souffre un peu de l’altitude. Essoufflement, fatigue musculaire. Heureusement, entre deux passages « tarzan dans les sapins » la pente n’est pas trop raide et on continue notre chemin. La plus grosse difficulté restant le passage névé : il faut se faire tout léger pour ne pas que la neige cède, aucune envie de me débattre dans la neige à 7h du mat’ !

 

           Le pass apparaît, là-bas. Il semble si près, mais il faut marcher encore un bout de temps avant de s’en approcher réellement. Notre dernière pause casse-crout’ nous permet de prendre une décision. D’ici il semble impensable de franchir le col : il est enneigé sans possibilité de contourner. On n’a absolument pas de matériel et quant bien même on arriverait à basculer, il faudra aussi pouvoir revenir sur nos pas si on ne veut pas passer la nuit (et une bonne hypothermie) ici !

 

           On prend l’option : un gros pierrier bien avant le pass, en espérant que sur l’autre versant on puisse rejoindre, s’il y a moins de neige. Il est 11h et la journée nous semble déjà tellement longue, les jambes sont lourdes et il n’y a que la tête qui a réellement envie d’arriver en haut. Simon, en vrai chamois (qui lui vaudra un nouveau surnom) arrive le premier au sommet. Ce sera la montée qui achèvera notre grand gaillard Alaskain. Moi, entre les deux, je n’en peux plus, mais je veux arriver en haut de ce foutu tas de caillou.

 

           « J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle ».

           Pour la bonne, il suffit de regarder partout autour de nous, c’est magnifique. D’un côté et de l’autre de la crête, des dizaines de sommets plus ou moins enneigés et une très belle arrête qui se détache. Un seul mot : Wouha, ça valait le coup.

           Et la mauvaise, vous avez deviné ? Bin oui, on ne peut pas longer de l’autre côté non plus pour aller jusqu’au lac !

 

           Fatigués mais pas résignés il est temps de redescendre pour aller voir ce qui se passe au pied du pass. Eh oui, ce que tête veut… Pour moi, ce sera « bobsleigh » comme ils disent ici : je dévale sur les fesses la pente si durement gravie en quelques secondes, essayant tant bien que mal de gérer la direction. Joey fait une sieste pendant que nous on tente de traverser jusqu’au pied du pass. On alterne caillasse et neige. Malheureusement le soleil tape bien maintenant, la neige ne tient plus et on s’enfonce, se retrouvant parfois avec de la neige jusqu’à la taille. Ca nous amuse un moment jusqu’à ce qu’on soit trempés, épuisés, lassés de se débattre dans la neige. Mais on s’entête, tiraillés entre l’envie d’aller plus loin et d’abandonner.

 

           Puis on réalise que de gros nuages noirs montent, que la vallée s’est dangereusement assombrie, il est temps de rentrer.

           En quelques minutes on se retrouve sous une averse de neige, puis plongés dans un bon brouillard. Heureusement, le chemin est simple : il faut redescendre toute la vallée et tous les chemins sont bons ! La descente est interminable, on en a plein les jambes. Je finis les deux pieds dans l’eau et autant dire qu’après ça je n’ai plus franchement besoin de faire de détours pour épargner mes chaussures. On voit enfin les premières maisons, les nerfs lâchent, on rit nerveusement pour un rien.

 

           Après 13h de marche, la traversée de dizaines de névés demandant plus ou moins d’efforts, 1200m de dénivelé et beaucoup trop de kilomètres, sans un seul sentier tracé et quelques détours, on n’aura pas vu le lac mais on en a eu plein les yeux, du spectacle féérique du lever du jour aux paysages de carte postale au sommet. Et puis on se console en se disant que ce fichu lac, il devait être gelé, couvert de neige et que ce qui compte, c’est la performance. On s’affale dans les sources d’eau chaude, épuisés mais satisfaits.

 

           Au diner, tout le monde se congratule en racontant cette journée sans fin aux nouveaux arrivants. Valentin qui nous a guetté toute la journée en voyant le mauvais temps est fier de nous et je crois que je suis passée de « la french girl qu’on amène en voiture » à « une tarée de plus prête à relever les prochains défis ». En ce qui concerne les défis, le prochain est demain…

           Bienvenu à Altyn Arashan, la fête ne fait que commencer !

 
Note : 5.00 - 1 vote



Commentaires
  • par adele 11/05/2014 Alerter

    Bizarrement ton récit est bien plus intéressant à lire que mon mémoire à faire..
    J'y ai presque cru à ce lac mais la beauté et la difficulté du voyage me semble finalement plus intéressant :)

  • par Natacha 12/05/2014 Alerter

    On s'y croit !! Bravo championne !

  • par simon heidsieck 14/05/2014 Alerter

    chere compagne de voyage, mes felicitations pour ce beau resume de nos palpitantes aventures. La suite au sud du lac a l'air pas mal non plus. Merci de me faire passer aux yeux des lecteurs pour un chamois des montagnes mais sache que le jour de ton depart, un putain de viking flamand espagnol de 2 m m'a embarque pour un trek de 5 jours. Le salaud m'a acheve... oblige de courir pour le suivre. jte souhaite de realiser tes reves en mongolie ( et prepare bien le terrain pour un futur trek a cheval en totale autonomie a travers les steppes jusqu'aux chaines de l'Altay)

Ajouter un commentaire


Pour ajouter un commentaire vous devez vous identifier Inscrivez-vous!

Si vous ne souhaitez pas vous connecter, mettez simplement
Votre nom Votre email :


 
15/04/2014 | | 3 commentaires

Siberia Airlines – «Yea Yea, A state of mind Funky with the rhymes and positively inclined» – Positively Inclined – Wax Tailor

Siberia Airlines – «Yea Yea, A state of mind Funky with the rhymes and positively inclined» –  Positively Inclined –  Wax Tailor            J’ai quitté Bangkok, son nouvel an bouddhiste qui implique une bataille d’eau dans toute la ville sur 5 jours et des tartinages journaliers de pâte à crêpe (ou quelque chose comme ça) sur nos figures, de la musique jour et nuit… J’ai aussi quitté l’Asie du Sud ... Lire la suite

 
16/04/2014 | Bishkek | 3 commentaires

Bishkek – « Et ma voix ne parle qu’à moi » – Comme un étranger dans la ville – Eddy Mitchell

Bishkek – « Et ma voix ne parle qu’à moi »  – Comme un étranger dans la ville – Eddy Mitchell            Après mes péripéties en Russie, je suis finalement arrivée à Bishkek (capitale du Kirghizstan) à 3h30 du mat’. Le temps de passer l’immigration (sans encombre, ouf !) et de récupérer mon sac (double ouf !) il était 4h15… Là, deux ... Lire la suite

 
19/04/2014 | Bishkek | 1 commentaire

Bishkek – «Je vais là où les pentes sont plus raides, Je vais là où on ne sait pas le tiède» – Est-ce que tu me suis – F. Pagny

Bishkek – «Je vais là où les pentes sont plus raides, Je vais là où on ne sait pas le tiède» – Est-ce que tu me suis – F. Pagny            Samedi, réveil 7h, sandwichs, vêtements chauds, imperméable, camelback et hophophop je rejoins le Trekking Union of Kighizstan qui, comme vous l’aurez deviné, organise des treks ouverts à tout le monde, de difficulté variable.  ... Lire la suite

 
25/04/2014 | Karaköl | 0 commentaire

Karakol – «J'ai le feu du volcan,la chaleur du désert,la saveur de la terre,la lueur d'une lune claire» – Etrange – DobaCaracol

Karakol – «J'ai le feu du volcan,la chaleur du désert,la saveur de la terre,la lueur d'une lune claire» – Etrange – DobaCaracol           Il est temps de reprendre le cours de l’histoire… Après ces randonnées fabuleuses autour de Bishkek il était temps pour moi de faire mes valises et de repartir à l’aventure, direction Karakol (le nom d’une ville qui me rappelle étrangement un groupe qui a bercé mes ... Lire la suite

 
29/04/2014 | Altyn Arashan | 2 commentaires

Altyn Arashan – « Père Castor, raconte nous une histoire »

Altyn Arashan – « Père Castor, raconte nous une histoire »            Je parlais d’un défi… Voila l’énoncer du problème, comme au collège : Je sais que nous avons deux Mastercard et pas assez de liquide pour payer une semaine au refuge. Or il n’y a pas de distributeur Mastercard au milieu des montagnes (bien ... Lire la suite

 
02/05/2014 | Altyn Arashan | 0 commentaire

Altyn Arashan – « Il y a, des ruisseaux, des clairières, pas de quoi en faire un plat de ce coin » – Il y a – J.J. Goldman

Altyn Arashan – « Il y a, des ruisseaux, des clairières, pas de quoi en faire un plat de ce coin » –  Il y a – J.J. Goldman             Plus tôt, j’ai parlé d’un trek et il est maintenant temps de faire les sacs: duvets, tentes, nourriture, affaires chaudes et imperméables, thermos d’eau chaude, allumettes et qq combustibles… Et on part à l’aventure. Honnêtement on ne sait pas vraiment où ... Lire la suite

 
07/05/2014 | Kadji-Sai | 1 commentaire

Kadji-Sai – « And he wrapped his wings round him and he fell like a stone » – Me and the Eagle – Steve Earle

Kadji-Sai – « And he wrapped his wings round him and he fell like a stone » – Me and the Eagle – Steve Earle            Pour mon dernier jour à Karakol, je suis allée me promener vers la curiosité géologique de la région, Jeti Oguz. C’est une zone protégée, symbole régional et même national ! Ce sont les falaises rouges ondulées qui s’enchainent par blocs, assez unique ... Lire la suite

 
09/05/2014 | Kochkor | 3 commentaires

Kochkor – « Ils vont toujours de ville en plaine, Il n'y a rien qui les retienne » – Les nomades – Jean Ferrat

Kochkor – « Ils vont toujours de ville en plaine, Il n'y a rien qui les retienne » – Les nomades – Jean Ferrat            J’ai ensuite continué ma route au sud du lac pour rejoindre Kochkor, une petite (très petite) ville (d’exactement deux rues goudronnées). Là, je décide de prendre contact avec le CBT, Community Based Tourism, association ayant pour buts principaux de préserver ... Lire la suite

Devenez Tripper !
Mes trips Carte de mes trips
Participer au forum
Mes photos

© 2018 Tripper-Tips.com | CGU | Pub | Contacts | Support | Partenaires |Tripper-Tips.com en page d'accueil